Dans la salle d’attente

Nous observons silencieusement depuis très longtemps le théâtre de la vie, des scènes anecdotiques, des moments improbables. Nous ne parlons pas, ne bougeons pas et bien qu’à la vue de tous, personne ne remarque notre présence. Cette position nous permet d’observer discrètement la vie qui se déroule sous notre regard. Mais qui sommes nous donc pour tout voir sans être vu, sans qu’on nous prête attention?
Nous résidons toujours à la même place, immuables, mais toujours le regard vif, et l’oreille aiguisée. Qu’avons nous donc à observer depuis tant d’années?
Nous n’avons pas la chance de participer aux cours de musique de Tonton Robert, nous les écoutons depuis notre étagère de la salle d’attente. Et oui ! nous sommes les quatre peluches, posées main dans la main sur l’étagère. Peut être ne nous avez-vous jamais vu?
Chut ! on sonne à la porte.
Les premiers élèves arrivent tout excités, tout joyeux, tout bavards, tout contents de se retrouver pour jouer. Le jeu favori de la salle d’attente, c’est de faire rouler des voitures sur le tapis. Tout le monde y participe, filles et garçons. Les plus appliqués n’oublient jamais d’apporter le matériel qu’ils prêtent plus ou moins volontier aux copains, comme le demandent les parents. Les belles fratries du samedi après-midi, sont les championnes en matière de jeu de voitures. Certaines fois, celles-ci dépassent un peu le cadre du tapis, roulent sur les chaises, ou sur les murs. Les parents très calmement demandent aux enfants de se contenir au tapis et de partager le circuit.
Arrivent ensuite les ados studieux qui eux, apportent toujours quelques beaux livres pour patienter efficacement, pendant que les mamans bavardent. La petite C, du haut de ses cinq ans attend toujours son papa un petit moment à la fin de son cours et aime bavarder avec les ados ou les mamans. Parfois, elle assiste à leur cours de formation, elle écoute, et tente de griffonner au mieux le travail que Tonton Robert propose aux grands.
Ah dimanche matin !
Vive l’ambiance ! des cousins et cousines se retrouvent ici. Le volume sonore monte d’un seul coup dans la salle d’attente. Tonton Robert fait toc-toc sur son mur pour demander un peu de silence. Voilà le premier cours du matin qui se termine, et la plus part des élèves se retrouve dans la salle d’attente pendant que leurs petits frère et sœur assistent au cours avec leur parent. Donc, les enfants s’en donnent à cœur joie pour les farces et les rigolades. Sans parler du petit garçon qui ne peut partir tant que son papa ne lui a pas lu une histoire, puis une autre, et enfin une dernière.
Lundi !
Voici les petits responsables de l’ouverture des portes. Ils sont assez grands de taille pour accéder enfin à l’interphone. Ils font ça très bien. C’est vrai qu’ils connaissent bien le petit monde qu’ils doivent accueillir. Voilà qu’arrivent avec énergie et enthousiasme les mamies du lundi soir, présentes depuis tant d’années avec leurs petits enfants. Année après année, elles sont d’une régularité, d’une efficacité et d’une endurance remarquables. Voilà aussi la maman de Y et A, dont les enfants sont aussi discrets et posés que leur maman.
« Mais le Papy de N ne vient plus ? » Réponse dans le paragraphe suivant.
Le mardi !
Changement de personnages. Quelle joie de voir les petits nouveaux arriver, mais aussi des jeunes ados qui fréquentent notre école depuis leur très tendre enfance. Presque grands, les voilà qui viennent seuls désormais pour certains. Papy S est venu une ou deux fois en début d’année, pour bien régler les déplacements de sa petite fille N, et puis terminé, la voilà grande et indépendante : portable et pass navigo. Le rire et l’enthousiasme de C sont aussi un peu mis de coté, son ado est autonome dans les transports, plus besoin de maman.
Mercredi matin, que des Papas !
Ils semblent prendre plaisir au cours, autant que leur petit bout de choux. Quant au mercredi après-midi, c’est un vrai moment de dialogue musical auquel nous assistons à travers le mur. Le petit neveu de A assiste aux cours assidument depuis l’âge de 2 ou 3 ans. Il est tellement bien formé à la musique, qu’il a une oreille exceptionnelle, et il comprend et anticipe même, tous les méandres musicaux vers lesquels Tonton Robert l’entraîne. Ils sort toujours de la salle de musique avec un tel sourire que son oncle en oublie les efforts colossaux qu’ils déploient tous les deux pour se déplacer jusqu’à l’école.
Mais nous, les 4 peluches à l’oreille bien déployée, nous avons entendu Line parler de l’école de province. Cà nous fait rêver, une école où la salle d’attente, c’est une cour avec des ballons et un panier de basket, des élèves qui jouent à cache cache entre les voitures ou qui courent après les lézards. Cà nous fait rêver, une école où l’on abandonne blousons, doudounes, écharpes dans la voiture pour faire un foot avant de rentrer en musique et marquer le but par dessus le mur du voisin qui renvoie le ballon avec gentillesse. Sans parler des enfants qui arrivent en tenue de ski, car ils ont la chance de pouvoir enchaîner musique et ski dans la même journée. Et quand le mois de juin arrive, on se hisse sur la pointe des pieds pour faire ployer les branches du cerisier couvertes de fruits juteux. Vive le goûter!
Nous avons entendu Line raconter à ce papa parisien, un peu inquiet, qui travaille à l’étranger et ne rentre chez lui que certains week-end, qu’il n’était pas le seul à vivre loin de sa famille. Elle a cité le cas de cette petite fille dont le papa, berger professionnel, partait de chez lui pendant presque cinq mois pour garder des centaines de brebis dans les pâturages d’altitude des Pyrénées. La maman et sa fille montaient le rejoindre de temps en temps, après plusieurs heures de marche dans la montagne. Son refuge n’est accessible qu’à pied, mais la joie des retrouvailles vaut bien cet effort.
Voilà quelques uns de nos souvenirs les plus proche. Il y en a tant qu’il est difficile de tout citer !
Il y en aura probablement d’autres au gré de notre mémoire ou de la vôtre, si des souvenirs vous reviennent ? line-k@kaddouch-music.com