Le combat des claviers

  Le combat des claviers

La salle de musique résonne habituellement, de mille musiques que produit Tonton Robert sur son piano. Quand il est en tête à tête avec lui, il cherche de nouveaux accords, toujours plus harmonieux, originaux et complexes.
Il les enchaîne, puis griffonne sur une feuille quelques lettres bien simples que les enfants qui débutent l’écriture appelleraient l’écriture bâton. Il rajoute à côté de ces lettres quelques chiffres en petit : C7 – Am7 – Dm7 – G7 etc.
Est-ce là de la musique ? mais où sont donc les jolis petits ronds qui montent et descendent, et se déguisent pour devenir une ronde, une blanche, une noire, une croche et compagnie ? Oui c’est toujours une écriture musicale, mais uniquement pour les accords. Aux musiciens d’improviser la mélodie !
Tonton Robert plaque donc, des accords à la main gauche puis entraîne sa main droite à improviser sur ce bel accompagnement qu’il vient de créer et d’enchaîner.
Ding ! Tiens voilà le Fa Dièse ! L’autre clavier de la salle se rappelle au bon souvenir de Tonton Robert qui ne veut pas obéir à ce Ding, ding, ding répétitif, et qui en plus ne fait que le Fa dièse. Il en profite pour intégrer ce Fa dièse entêtant et lui trouver une place dans sa musique. Mais tout à coup une pluie de Ding, ding, ding insistante le tire de son piano et de ces accords. Il cède finalement à l’appel des Ding-ding-ding…….
D’ou viennent-ils pour le distraire ainsi ? De l’OR-DI-NA-TEUR, oui, lui-même, l’autre clavier sur lequel tapote Tonton Robert une grande partie de la journée. Ce petit FA dièse que vous connaissez peut-être, c’est un message qui est arrivé dans la boîte aux lettres, et que l’on s’empresse de découvrir comme quand le facteur apporte du courrier une fois par jour. Maintenant, le courrier est distribué tout au long de la journée avec ce petit Ding, et le suspens qui l’accompagne : qui a envoyé un message?????
Il se lève du piano et découvre des dizaines et dizaines de mails de parents disant à quel point les enfants sont heureux de voir, d’entendre et de lire tout ce qu’il produit. Il est vrai que devant l’urgence de cette drôle de situation il pratique autant le clavier de l’ordinateur que le clavier du piano. Ca ne lui plaît pas toujours, car à trop regarder les écrans il craint de devenir tout gris, comme les enfants qui regardent un peu trop le téléphone de leurs parents. Mais il est obligé de se concentrer sur ce fameux objet pour continuer à aider les enfants qui ne peuvent ni sortir, ni s’amuser, ni courir, ni faire du vélo, ni se promener, ni même aller à l’école.
Heureusement qu’il apprend vite à se servir plus que bien, du clavier de l’ordinateur. Il le fait fonctionner comme jamais, pour créer toutes ces vidéos et enregistrements. Il a sorti du placard tout un tas de matériel électronique en espérant qu’il fonctionne et qu’il puisse le connecter …. ça y est, tout est branché.
Il lui faut parfois plusieurs jours pour réaliser une petite animation de quelques minutes que vous avez pris plaisir à visionner. La salle résonne alors du cliquetis des touches de l’ordinateur, moins mélodieux, mais très rythmique.
Puis le piano le rappelle. Non, le piano n’est pas autonome, il ne fait pas Ding, il ne produit aucun son tout seul, même pas un FA dièse. Mais la vue du clavier donne à tout un chacun envie d’y poser ses doigts pour produire un son qui s’enchaînera avec un autre, puis un autre, puis ….. Et Tonton Robert est reparti dans la musique, il pose une partition sur le pupitre joue ce qui est écrit, puis reprend la structure qu’il a intégrée dans son oreille et improvise sur un morceau de Bach, de Mozart ou de Gershwin.
Quand on l’écoute, entre deux portes, la musique s’anime en permanence, des mains qui se cherchent, se poursuivent et s’unissent. On traverse tous les paysages, tous les reliefs, toutes les matières. Au détour d’une note, d’une phrase on reconnaît un parfum, ou une ambiance. On écoute et on identifie, comme de multiples clins d’œil, la fraîcheur d’une pluie de printemps, la profondeur et la lourdeur d’une terre argileuse, le frottement du métal sur du métal, la chaleur enveloppante et rassurante du bois.
Tonton Robert parle donc une deuxième langue : le Piano.
Allez les enfants ! Faites comme lui, posez vos doigts sur le clavier et apprenez à parler le Piano. Vous pouvez être certains que ce sera très beau. Et puis c’est en parlant qu’on apprend à parler !

L’histoire

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