Eléments clés du langage musical

A partir des sujets suivants, l’objectif de ce cours est de vous démontrer que ce n’est pas le vocabulaire que nous possédons naturellement, mais les moyens de traiter une émotion pour qu’elle se cristallise en mot musical.
Ainsi, les musiques du monde sont une agrégation, formalisation de fonctions humaines plus ou moins saillantes selon les cultures.
Aujourd’hui, je souhaite vous montrer que les éléments-clés du langage musical sont l’expression, l’incarnation de notre perception du monde dont ils sont le reflet.
Cette conception est très importante car elle transforme radicalement l’enseignement musical en une valorisation de soi car on n’apprend pas seulement la musique, on découvre la musique qui est en nous, on se découvre à travers la musique.
L’intérêt de cette étape fondamentale est de faire naître chez l’enfant le désir d’un apprentissage technique dense et rigoureux qui lui permettra de maîtriser un langage de l’expression, de la création, déjà posé.
L’objectif de ce cours est triple : Jouer sans apprendre
1. Tout d’abord, concevoir que tout homme a la capacité de transformer spontanément son émotion en mouvement sonore, en mots musicaux, en langage musical et cela sans apprentissage.
Et ces aptitudes au traitement l’amènent à maîtriser des éléments clés du langage musical, qui émergent spontanément.
Cela explique que les formes des musiques du monde qui expriment une autre vision du monde, soient si différentes.
Ce qui est récurrent dans chaque musique, ce ne sont pas les formes musicales, mais
la fonction humaine de musicalisation de l’émotion,
– de traitement universel du langage musical,
– en d’autres termes, la capacité de transmutation.
Un indien d’Inde ne conçoit pas la vie comme un occidental, il est normal que les ragas indiens sonnent différemment que nos gammes Majeures et mineures. L’homme reste le même, mais ce qu’il valorise est différent selon les cultures et les individus. La musique vient alors souligner cette saillance.
2. On sait transformer, mais
quel rapport y a t-il entre une forme et l’élan expressif qui l’a créée?
L’objectif de cette étape est :
– de bien saisir qu’il y a un rapport entre l’élan expressif et sa projection musicale, entre la force et la forme car il y a forcément une corrélation entre une forme et l’intention qui l’a générée.
– Il faut penser que les structures de chaque musique se construisent comme l’image projetée d’un état d’esprit, d’une vision du monde.
Comme un architecte qui est capable de créer un univers par le traitement de l’espace, on parle d’ailleurs d’architectonique.
– La prise de conscience de ce processus de cristallisation de l’émotion, du sentiment , de l’idée, permet à l’enfant d’accéder plus facilement à l’apprentissage comme acte de création.
– Dès qu’il a compris que « La forme est un instantané pris sur une transition » Bergson, l’enfant se donne l’autorisation de faire exister un mouvement sonore avec le simple prétexte qu’il évoque son sentiment « Si cette musique te plaît, alors elle existe ! » ce n’est pas plus difficile que cela ! Jouer à apprendre
ce qui nous amène à la troisième étape dite d’outillage : Apprendre à jouer

  1. Conscientiser, maîtriser ces éléments pour se les approprier, les utiliser comme outils de construction, de composition, de dialogue.En toute humilité, vous aimez un rythme, une note, un accord, c’est alors votre vocabulaire, utilisez le comme outil de dialogue, partagez-le avec votre enfant, il tentera à son tour de vous trouver la bonne réplique.
    – Et n’attendez pas des enfants qu’ils fassent ce que vous attendez, examinez tout ce qu’ils font, cela a toujours un sens.
    – Ne dites pas : « il passe sa journée au piano mais il fait n’importe quoi. Dites-vous que s’il faisait n’importe quoi, il ne passerait pas sa journée au piano ! »
    – Examinez plutôt les phrases récurrentes, c’est leur petit univers qui apparaît.
    C’est pour alimenter cet univers qu’ils accepteront réellement de recevoir un enseignement
    – Cette approche est le modèle de la vraie démarche scientifique, on ne cherche pas sous le réverbère sous prétexte qu’il y a de la lumière, on cherche là où l’on pense trouver quelque chose, même si c’est dans l’obscurité. Et ce que l’on trouve, c’est l’expression profonde de votre enfant qui émerge et qui s’organise.
    – Un enfant ne fait jamais n’importe quoi, essayez toujours de comprendre ce qu’il fait même quand le piano s’agite. C’est sur cette terre qu’il pourra semer et c’est là que nous, éducateurs, pourront intervenir pleinement.

Pour résumer :
1. Faire émerger et conscientiser des aptitudes au traitement qui favorisent la construction d’un vrai savoir, d’une vraie technique d’expression.
2. Maîtriser ce savoir en profondeur, c’est à dire sous l’aspect des forces qui ont créé les formes. L’enfant est extrêmement sensible au sens, à la raison d’être (pourquoi ? est sa devise)
3. Faire confiance en sa possibilité de faire apparaître une forme en rapport avec un sentiment, une idée, un élan. Construire humblement son monde sonore, son univers musical qui motivera le désir d’un apprentissage dense et actif.
Voici maintenant quelques éléments-clés principaux du vocabulaire occidental que tout homme maîtrise sans le savoir. « Je ne savais pas que je sais
Le sens tonal
La tonalité préférentielle
La sensibilité tonale
La sensibilité modale
La conscience numérique
Le tempo préférentiel
Le sens de la carrure

  1. Le Sens tonal– consiste à percevoir spontanément le centre de gravité d’une structure sonore
    – exercice : écouter des phrases et chanter la tonique.
    – Comparable à la perspective en peinture (Giotto et la renaissance italienne) et la démonstration de la gravité chez Newton (1670), ce sens atteint la maturation chez l’enfant en même temps qu’il se définit en temps que personne « Pierre a fait cela …. J’ai fait cela) centration psychologique.
    – Pour générer ce point de centration, cette polarisation, la gamme occidentale (do ré mi ….) définit des inégalités de rapports entre les notes, finement agencées pour que l’ensemble des notes pointent sur la tonique (1/2t entre mi fa et si do) l’explication sort du cadre de ce cours.
    – Ce qui montre que la gamme, par son irrégularité maîtrisée, stimule le sens de la centration, comme le raisonnement (par opposition à la méditation en Inde), stimule la polarisation vers une réponse, une explication.
    – Egalisons la gamme (Debussy et Bali) et cette perception du point de résolution disparaît ! faire entendre la gamme hexatonique
    – Un enfant qui chante la tonique montre qu’il a perçu la structure interne de la gamme, son inégalité pointée vers un son, et qu’il l’a perçu comme un reflet de sa centration psychologique. Le sens tonal est alors abouti.
  2. La tonalité préférentielle

    – Connais-toi toi même et tu connaîtras le monde (Socrate) : pour apprécier réellement des tonalités diverses, il est important de connaître sa tonalité « chérie », celle qui ne se discute pas, comme les goûts, les odeurs.- Comme la préférence d’une couleur, on émet un son plutôt qu’un autre, un son que l’on préfère car on se reconnaît par rapport à lui.
    – Pour connaître une Tonalité préférentielle :
    – Examinez les chansons ou œuvres que votre enfant préfère ?
    – Examinez si l’enfant revient toujours sur la même note et comparez la aux chansons préférées ?
    Exemple d’application : cette tonalité stimulera les idées dans les improvisations, elle permettra de mieux comprendre des phrases difficiles dans les œuvres jouées …
    – Quelqu’un qui chante « faux » est une personne à qui on a empêché d’exprimer sa tonique.

La sensibilité à la couleur tonale (sensibilité tonale)
– Se centrer sur sa tonalité, en avoir conscience, permet de mieux comprendre l’utilisation des tonalités chez les compositeurs, car chaque tonalité est l’expression de l’idée que l’œuvre va développer.
– « Dis-moi sur quelle tonalité tu joues et je te dirais ce que tu vas me raconter » (Les inconnus et les radios)
Changer de ton, parler sur un certain ton …
– La tonalité apporte des variations considérables à l’atmosphère d’un morceau, même si la chanson reste la même.
Exemple « ah vous dirais-je maman ! »
– Ce sont les bébés qui m’ont appris la tonalité, ils y sont très sensibles, car Winnie ne peut pas marcher en sol M et Blanche neige ne se promènera pas en réb M
– Sans le savoir, vous chantez une chanson en variant les toniques (observez sur quelle note elle finit), vous avez donc cette sensibilité.
– Une étude peut être menée pour définir la note en rapport avec le moment de la journée et l’humeur.

  1. Entendre et évaluer les modes Majeur, mineur, le dualisme occidental (sensibilité modale), un antagonisme constructif

    Encore un exemple de corrélation entre une structure et un sentiment.- La musique occidentale utilise 2 modes, 2 structures différentes : le Majeur et le mineur.
    – A 2 notes près, on passe d’un univers à un autre, d’un sentiment à un autre, d’une émotion à une autre émotion.
    = reconnaître ces modes, c’est être sensible à leur structure, c’est entendre les structures.
    – Caricaturer ces 2 mondes en disant triste ou gai est ridicule, d’autant que la gaité s’exprime souvent en Majeur et le bonheur en mineur …
    – On peut peut-être dire que les sentiments très intérieurs seront plus mineur ?
    – Le plus sensé est de se mettre en phase avec ces modes, ces mondes et ne pas essayer de les décrire par des mots mais par des sensations du type : « je me sens mineur ou Majeur » on décrit la structure sonore à l’impact qu’elle a sur votre perception.
    – Exercice d’écoute …..
  2. Conscience numérique, « compter sans compter » !– Abordons maintenant l’impact du nombre sur la perception du sens, c’est la conscience numérique.
    – toc toc toc dans les cours d’éveil
    – Conscience numérique et perception dynamique : l’état psychologique de celui qui frappe à la porte
    4 = 3+1 ….. on insiste
    5 : on ne lâchera pas
    – Exemple toc toc toc dans les MAS
    – Pom pom pom pom de Beethoven, le destin frappe à la porte
    – La subitisation 1,2,3
    – exercice
  3. Le tempo préférentiel = tonalité préférentielle- L’allure idéale du montagnard
    – La « vitesse de vie », la vitesse de mouvement propre à chacun
    – A quel tempo votre enfant chante « les petits poissons dans l’eau » ?
    – A quelle tempo chantez-vous vos airs favoris ? mesurons ? métronome
    – Les tempos des premières improvisations sont très significatifs
    Il ce s’agit pas de s’enfermer dans son tempo, mais de le connaître pour mieux gérer tous les tempos « connais-toi toi-même et tu connaîtras le monde »
    – Le trampoli-rythme
    – Les propositions de tempo pour les improvisations d’enfants
  4. Sens de la carrure : anticiper le déploiement du rythme dans le temps

    – Des études montrent qu’un bébé de quelques mois cligne des yeux quand il pense que la trajectoire de la balle qu’il voit sur l’écran, va croiser son visage. Et il reste impassible quand la même balle est sensée passer à un mètre de lui !- Ces calculs de trajectoire alliant espace et temps font partie de nos potentiels naturels. Sans mesurer consciemment, on peut définir l’instant précis où la courbe rythmique va aboutir.

– Exercice d’écoute : sens tonal et sens de la carrure, puis uniquement carrure.
Conclusion :
L’idée fondamentale qu’il faut retenir de cette leçon, à travers plusieurs exemples, est que la tâche la plus importante d’un éducateur est de stimuler chez l’enfant, les fonctions qui lui permettent d’accéder à un apprentissage.
 

Par exemple, on demande à l’enfant s’il sait envoyer le ballon loin, c’est l’amorçage cognitif qui lui permet de réveiller la fonction « calcul de trajectoire et évaluation du temps », puis on enchaîne immédiatement sur une improvisation avec carrure et l’acquisition est faite en quelques minutes. On parle de fulgurance d’apprentissage, mais c’est simplement de la précision pédagogique.